Dimensionnement des colonnes à plateaux
Sommaire de la page:
- les plateaux à courants croisés
- le plateaux à contre-courant ou "dual-flow"
- à cloches
- perforés
- à clapets mobiles
- à clapets fixes
Les méthodes publiées pour le dimensionnement des plateaux perforés peuvent servir de base pour les dimensionnements préliminaires de colonnes à plateaux d'autres types à l'exception des plateaux à cloches.
Le dimensionnement de plateaux à clapets reste réservé aux fournisseurs de ce type de technologie, propriétaires de leur conception. On peut s'attendre à ce que les performances des plateaux à clapets soient supérieures, pour un coût lui aussi plus élevé.
Le
dimensionnement d'une colonne de distillation consiste à déterminer son
diamètre (ou ses diamètres si deux sections de
diamètres différents sont justifiées) et sa hauteur. Diamètre
et
hauteur résulteront essentiellement des dimensions et de l'efficacité
des plateaux eux-même.
Les corrélations
Le comportement des plateaux de colonnes, comme la plupart des équipements de procédé, est modèlisable en faisant appel à des corrélations.Les corrélations ne sont pas des lois physiques. Ce sont des relations mathématiques, tentant de relier entre elles des comportements, des propriétés de fluides, des conditions opératoires et des dimensions d'équipement. Elles sont établies le plus souvent à partir d'expériences de laboratoire, sur des fluides faciles à manipuler, dans des équipements de taille modeste. Il y a donc peu de chance que les données expérimentales soient fidèles aux conditions industrielles qui nous intéressent. Cependant, ces corrélations ont vocation à être extrapolées, sans quoi elles seraient bien inutiles.
Ces extrapolations aux conditions industrielles sont imparfaites, c'est pourquoi de nouveaux auteurs cherchent en permanence à les perfectionner. On a donc le choix entre de nombreuses corrélations pour représenter un même phénomène ou comportement.
Les plus anciennes sont souvent les plus connues et évidemment les plus utilisées. Les plus récentes peuvent corriger une imperfection constatée des premières.
Critères pour le dimensionnement des plateaux
Aire active
C'est la zone du plateau où sont disposés les perforations, munies ou non de clapets, pour le passage du gaz. Le débit gazeux que peut admettre le plateau est proportionnel à cette aire active. Un débit de gaz excessif provoquera des entrainements de liquide vers le plateau supérieur (Jet Flood).Limites opératoires d'un plateau
Le domaine de fonctionnement d'un plateau est délimité par l'apparition de divers phénomènes indésirables qui peuvent affecter l'efficacité de séparation. Ces phénomènes sont les suivants:Engorgement (Jet Flood)
Le contact intime du gaz et du liquide sur le plateau tend à former une mousse au dessus du liquide dont la hauteur est proportionelle à la vitesse du gaz sur la zone active de bullage. Lorsque la hauteur de mousse est telle que sa limite supérieure atteint le plateau situé au dessus, le liquide est entrainé avec le gaz vers le plateau supérieur. L'efficacité de séparation est grandement affectée.Entrainement liquide
Se produit lorsque la vitesse du gaz peut entrainer des gouttelettes de liquide vers le plateau supérieur.Pleurage (Weeping)
Se produit lorsque le débit de gaz est trop faible pour empêcher une fraction du liquide de passer à travers les orifices normalement destinés au passage du gaz. Le temps de séjour sur le plateau de ce liquide est réduit et l'efficacité de la séparation est dégradée.Blowing Flood
A trop faible débit liquide, celui-ci est majoritairement entrainé par le gaz vers le plateau supérieur; le plateau est quasiment sec.Engorgement des descentes (Downcomer Flood)
Se produit lorsque le débit liquide est trop important. Deux phénomènes peuvent être observés:- le temps d séjour dans la descente est insuffisant pour permettre la séparation du gaz entrainé. Celui-ci est entrainé vers le plateau inférieur.
- la capacité d'écoulement est insuffisante, le niveau monte dans la descente et sur le plateau supérieur.
Perte de charge du plateau
La perte de charge du plateau peut être un facteur important dans les opérations à pression réduite (sous vide par exemple). La perte de charge du plateau est la somme de:- la perte de charge générée par le passage du gaz au travers des orifices de l'aire de bullage
- la hauteur de liquide sur le plateau
Hauteur de la colonne
La hauteur de la colonne résulte:
- du nombre d'étages théoriques nécessaires (Npth)
- de l'efficacité de chaque plateau réel (eff)
- de l'espacement entre plateaux (TS pour "Tray Spacing")
Npth ÷ eff × TS
à laquelle il faut ajouter:- un espace pour un dévésiculeur en tête
- un espace pour le retour du rebouilleur
- un espace supplémentaire pour l'alimentation dans le cas d'une distillation
Nombre d'étages théoriques
Le nombre d'étages théorique ne dépend pas de la technologie choisie (plateaux ou garnissage) pour effectuer l'opération (distillation, absorption ou stripping). Il résulte seulement des propriétés des substances et des degrés de pureté souhaités.Le nombre de plateaux théoriques est déterminé par simulation d'une situation réelle ou projetée, prenant en compte les différents paramètres de fonctionnement (pression et températures, débits d'alimentation et de reflux, composition des flux d'alimentation, de distillat et de résidu, ...).
Efficacité des plateaux
L'efficacité globale des plateaux d'une colonne de distillation est le rapport du nombre de plateaux théoriques dont la colonne est capable sur le nombre de plateaux réels.L'efficacité des plateaux est influencée par la volatilité relative des constituants à séparer et la viscosité du mélange. Des corrélations existent permettant de prédire l'efficacité des plateaux en fonction de la nature des mélanges à séparer. La plus utilisée a été proposée par O'Connell en 1946 (O’Connell, H. E., “Plate Efficiency of Fractionating Columns and Absorbers,” Transactions of the American Institute of Chemical Engineers,42, pp. 741–775 (1946))
Cette corrélation était initialement basée sur des résultats
obtenus dans la
séparation d'hydrocarbures, avec des plateaux à cloches. Elle
a été de nombreuses fois remaniée et améliorée par
différents auteurs, utilisant de nouvelles données expérimentales, Ceci
explique qu'on puisse trouver dans la littérature différentes
expressions sous le même nom. Elle est restée cependant assez proche de
son expression initiale.
La forme la plus aboutie semble être celle
proposée par Seader and Henley en 1998, après avoir ajouté des données
expérimentales obtenues avec des plateaux à clapets.
Corrélation de O'Connell enrichie par Seader and Henley:
eff = 0,503(α.µL)-0,226
α: volatilité relativeµL: viscosité en mPa.s ou centipoise
Espacement entre plateaux
Les colonnes de faible diamètre (<1m), sont constituées de tronçons reliés par des brides, les plateaux sont montés en cartouches et installés sans intervension humaine à l'intérieur de la colonne. L'espace entre plateaux n'est dicté que par le besoin de laisser suffisamment d'espace pour assurer une bonne séparation du gaz et du liquide, afin de limiter les entraînements.Les colonnes de plus fort diamètre (>1m), sont entièrement soudées, les plateaux doivent être introduits démontés, par des "trous d'homme" de faible diamètre, puis assemblés à l'intérieur. Pour cela ainsi que les opérations de maintenance ultérieures, l'espace entre les plateaux doit permettre le travail d'un homme couché; il sera de 30cm au minimum, mais de préférence de 40 à 50 cm.
Diamètre de la colonne
Le diamètre de la colonne est tel que:- la surface offerte sur le plateau pour le bullage du gaz
n'occasionne pas d'entraînement excessif de liquide par le gaz; elle
dépend des propriétés des substances et de l'espacement entre plateaux.
- la section de passage des descentes de liquide n'occasionne pas d'entraînement excessif de gaz par le liquide

- la section occupée par les descentes (section d'entrée + section d'arrivée)
- la surface active de bullage
Section des descentes
Le liquide passant le barrage de sortie du plateau est encore une émulsion avec le gaz de bullage. La section des descentes doit être suffisante pour permettre la séparation par décantation du gaz entraîné avec le liquide afin qu'il soit clair lors de son introduction sur le plateau inférieur.Le choix de la section consacrée aux descentes repose sur des critères empiriques de temps de séjour ou de vitesse de liquide clair. Ils sont résumés dans le tableau ci-dessous
Tendance au moussage (type de séparation) |
Vitesse en liquide
clair [m/s] |
Temps de séjour [s] |
---|---|---|
Faible (eau-air, hydrocarbures légers à faible pression <7 bars) |
0,1 - 0,2 | 3 |
Moyen (hydrocarbures à pression moyenne 7 à 20 bars) |
0,1 - 0,2 | 3 |
Elevée (amines, glycols, hydrocarbures légers à pression élevée > 20 bars) |
0,05 - 0,1 | 9 |
Surface de bullage
La surface consacrée au contact entre le gaz et le liquide sur le plateau. Sur cette zone, le plateau est équipé d'organes permettant d'optimiser ce contact; ce sont:- des orifices
- des clapets fixes ou mobiles
- des cheminées surmontées de cloches
- ...
Vitesse maximum du gaz
La vitesse du gaz dans l'espace entre les plateaux est choisie pour limiter les entraînements de liquide. Le calcul de la vitesse limite (Flood velocity UF) fait appel au coefficient de Souders et Brown CSBUF = CSB×SF×((ρL - ρV) ⁄ ρV)0,5
Différentes corrélations ou graphes ont été proposés pour
déterminer le
coefficient de Souders et Brown.
La plus connue a été proposée par J. R. Fair en 1961 (How to Predict Sieve Tray Entrainment and Flooding, Petro/chem. Engr., 33 (10), pp. 45–62,1961) et a longtemps servi référence.
Corrélation de J. R. Fair selon la régression de A. I. Lygeros et K. G. Magoulas

Régression formulée par A. I. Lygeros et K. G. Magoulas
L'une des corrélations les plus récentes pour évaluer le
coefficent de Souders et Brown en fonction des paramètres opératoires a
été proposée par H. Z. Kister et J. R. Haas (Predict
Entrainment Flooding on Sieve and Valve Trays, Chem. Eng. Progress, 86
(9), pp. 63-69 Sept. 1990). Son application est
limitée au domaine où l'entraînement de liquide est le facteur limitant
(pour FLV < 0,5).
Corrélation de Kister et Hass pour le calcul du coefficient de Souders et Brown
H. Z. Kister et J. R. Haas (Predict Entrainment Flooding on Sieve and Valve Trays, Chem. Eng. Progress, 86 (9), pp. 63-69 Sept. 1990)
Pour les liquides moussants, un coefficient de réduction de la vitesse (System Factor SF) est appliqué:
Système |
Coefficient de
réduction de la vitesse de gaz ("System Factor" SF) |
tension
superficielle [dynes/cm] |
non moussant |
1,0 |
>12 |
peu moussant (régénérateurs d'amine ou de glycol) |
0,85 |
6,5 - 12 |
assez moussant (absorbeurs aux amines ou aux glycols) |
0,73 |
2 - 6,5 |
très moussant (unités de méthyl éthyl cétone) |
0,6 |
0,4 - 2 |
formant une mousse
stable (régénérateurs de soude) |
0,3 |
< 0,4 |
Le phénomène de moussage est un phénomène complexe,
difficilement prédictible. Le retour d'expérience est souvent le seul
moyen d'identifier l'effet du moussage sur les performances d'une
colonne. Cependant pour les liquides présentant une tension
superficielle faible (<20 dyn/cm), le coefficient de réduction
de la capacité est évalué par la relation proposée par J. R. Fair
(Design of Equilibrium Stage Processes, 1963):
SF = (σ ⁄ 20)0,2
Enfin la vitesse maximum retenue pour le dimensionnement de la colonne sera inférieure à la vitesse limite. Le facteur de réduction appliqué est nommé "Flood Factor" (FF). On retiendra par exemple une vitesse égale à 80% de la vitesse limite.Votre avis est précieux pour améliorer ce site.
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